Syndrome des jambes sans repos : causes, diagnostic et lien veineux
Le syndrome des jambes sans repos touche 7 % de la population. Causes, critères diagnostiques, lien avec l'insuffisance veineuse et traitements expliqués.
Définition citable : Le syndrome des jambes sans repos (SJSR), ou maladie de Willis-Ekbom, est un trouble neurologique sensitivo-moteur caractérisé par un besoin impérieux de bouger les jambes, accompagné de sensations désagréables, survenant au repos et le soir. Il touche environ 7 % de la population adulte mondiale, soit 356 millions de personnes, et présente un lien significatif avec l’insuffisance veineuse chronique.
Qu’est-ce que le syndrome des jambes sans repos ?
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est l’un des troubles du sommeil les plus fréquents et pourtant l’un des plus méconnus. Décrit pour la première fois en 1685 par le médecin anglais Thomas Willis, puis caractérisé en 1944 par le neurologue suédois Karl Ekbom, il a longtemps été sous-diagnostiqué.
Selon une méta-analyse publiée dans le Journal of Global Health en 2024, le SJSR touche 7,12 % de la population adulte mondiale (IC 95 % : 5,15-9,76), soit environ 356 millions de personnes (Tian Z et al., 2024 — PMID : 38843039). L’Europe est la région la plus touchée, avec une prévalence de 7,60 %. Les femmes sont deux fois plus concernées que les hommes, et la fréquence augmente avec l’âge, atteignant 10 % après 65 ans (JAMA, 2026 — PMID : 41563785).
Les 5 critères diagnostiques
Le diagnostic du SJSR est purement clinique — aucun examen complémentaire n’est nécessaire. Il repose sur cinq critères définis par le Groupe international d’étude du SJSR (IRLSSG) :
- Besoin impérieux de bouger les jambes, habituellement accompagné de sensations désagréables (fourmillements, picotements, tiraillements, brûlures, impression de « courant électrique »)
- Les symptômes apparaissent ou s’aggravent au repos (position assise ou couchée)
- Les symptômes sont partiellement ou totalement soulagés par le mouvement (marche, étirements)
- Les symptômes prédominent le soir et la nuit (ou surviennent uniquement à ces moments)
- Les symptômes ne sont pas expliqués par une autre pathologie (crampes, neuropathie, artériopathie)
Des critères de soutien incluent les antécédents familiaux, les mouvements périodiques des jambes pendant le sommeil et la réponse aux traitements dopaminergiques (Allen RP et al., Nat Rev Dis Primers, 2021 — PMID : 34732752).
Causes et mécanismes
Le rôle central du fer et de la dopamine
La physiopathologie du SJSR repose principalement sur un déficit en fer cérébral qui perturbe le fonctionnement du système dopaminergique. Le fer est un cofacteur essentiel de la tyrosine hydroxylase, l’enzyme limitante de la synthèse de la dopamine. Lorsque les réserves cérébrales en fer diminuent, la production de dopamine est altérée, ce qui génère les symptômes caractéristiques (Earley CJ et al., Exp Neurol, 2022 — PMID : 35779614).
C’est pourquoi un dosage de la ferritine est systématiquement recommandé chez tout patient présentant un SJSR (recommandations AASM 2025 — PMID : 39324694).
Une composante génétique majeure
Une méta-analyse génomique publiée dans Nature Genetics en 2024, portant sur 116 647 cas et 1 546 466 témoins, a identifié 164 loci de risque associés au SJSR, dont des cibles médicamenteuses potentielles comme les récepteurs du glutamate (Schormair B et al., Nat Genet, 2024 — PMID : 38839884). Cette étude a également identifié le SJSR comme un facteur de risque causal du diabète par randomisation mendélienne.
D’autres voies impliquées
Au-delà de la dopamine, le SJSR implique également les systèmes glutamatergique, adénosinergique et opioïdergique, ce qui explique pourquoi différentes classes de médicaments peuvent être efficaces (Allen RP et al., 2021 — PMID : 34732752).
Le lien avec l’insuffisance veineuse : un angle vasculaire méconnu
C’est un aspect particulièrement important pour les patients suivis en médecine vasculaire. Karl Ekbom lui-même avait proposé dès 1944 que la maladie veineuse pouvait être une cause du SJSR (cité dans Kanter AH, Phlebology, 2008 — PMID : 18467618).
Des données convergentes
- Une revue systématique de 2025 confirme une corrélation positive entre le SJSR et le reflux veineux superficiel, les varices et l’insuffisance veineuse chronique (IVC) (Ciulinaru A et al., J Med Life, 2025 — PMID : 41306950)
- 50 % des patients SJSR présentent une IVC associée à l’écho-Doppler veineux (McDonagh B et al., Phlebology, 2020 — PMID : 32664803)
- Dans une cohorte de 209 patients avec SJSR, 85 % présentaient une anomalie du plexus veineux subdermique latéral (LSVP) (Wittens C et al., J Vasc Interv Radiol, 2023 — PMID : 36526075)
Le traitement veineux améliore le SJSR
Les données sur l’effet du traitement de l’insuffisance veineuse sur les symptômes du SJSR sont remarquables :
| Étude | Traitement | Résultat |
|---|---|---|
| Kanter 2008 (PMID : 18467618) | Laser endoveineux (35 patients) | Score IRLS réduit de 80 % (26,9 → 5,5), 31 % de guérison complète |
| Wittens 2023 (PMID : 36526075) | Sclérothérapie échoguidée (242 patients) | 93 % de soulagement durable à 1 an |
| Yosef 2023 (PMID : 37692314) | Chirurgie des varices (160 patients) | Amélioration significative du SJSR et de la qualité du sommeil |
Ces résultats conduisent les auteurs à recommander : « L’insuffisance veineuse superficielle devrait être recherchée chez tous les patients SJSR avant d’initier ou de poursuivre un traitement médicamenteux » (Kanter, 2008).
Traitements : les recommandations 2025
Les nouvelles recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine (AASM), publiées en 2025, marquent un changement de paradigme majeur (Winkelman JW et al., J Clin Sleep Med, 2025 — PMID : 39324694).
Première ligne : gabapentinoïdes et fer
| Traitement | Niveau de recommandation | Efficacité |
|---|---|---|
| Gabapentine | Fort (evidence modérée) | ~70 % d’amélioration significative |
| Prégabaline | Fort (evidence modérée) | ~70 % d’amélioration significative |
| Fer oral ou IV (si ferritine ≤ 75 ng/mL ou TSAT < 20 %) | Fort (evidence modérée) | Sulfate ferreux 325 mg/jour ou fer IV 1 000 mg |
| Fer IV seul (si ferritine entre 75 et 100 ng/mL) | Fort (evidence modérée) | Carboxymaltose ferrique IV |
Les agonistes dopaminergiques ne sont plus en première ligne
C’est le changement le plus important : la prégabaline, la gabapentine et le fer remplacent les agonistes dopaminergiques (pramipexole, ropinirole, rotigotine) en première intention. La raison : le risque d’augmentation — un phénomène paradoxal où le traitement aggrave les symptômes à long terme, avec une incidence annuelle de 7 à 10 %.
Mesures non médicamenteuses
- Réduire la consommation de caféine et d’alcool
- Éviter les antihistaminiques et certains antidépresseurs (ISRS, IRSN)
- Rechercher et traiter un syndrome d’apnées du sommeil associé
- Rechercher une insuffisance veineuse et la traiter le cas échéant
- Activité physique régulière, étirements le soir
Risque cardiovasculaire associé
Le SJSR n’est pas qu’un trouble du sommeil : il est associé à un risque cardiovasculaire accru. Selon une revue publiée dans le JAMA en 2026, 29,6 % des patients SJSR souffrent de maladie coronarienne, d’AVC ou d’insuffisance cardiaque (PMID : 41563785). Une méta-analyse de 8 études portant sur 644 506 patients a confirmé une prévalence significativement plus élevée d’hypertension et de diabète chez les patients SJSR (Trenkwalder C et al., Acta Neurol Scand, 2018 — PMID : 28948600).
Les mouvements périodiques des jambes pendant le sommeil (MPJS), présents chez 80 % des patients SJSR, provoquent des pics de pression artérielle nocturnes qui pourraient contribuer à ce surrisque cardiovasculaire.
Quand consulter
Consultez votre médecin traitant ou un spécialiste vasculaire si :
- Vous ressentez un besoin irrépressible de bouger les jambes le soir ou la nuit
- Vos symptômes perturbent votre sommeil ou votre qualité de vie
- Vous avez des varices ou des signes d’insuffisance veineuse (jambes lourdes, œdèmes)
- Vous prenez un agoniste dopaminergique et vos symptômes s’aggravent
Un bilan vasculaire avec écho-Doppler veineux peut révéler une insuffisance veineuse traitable, ce qui pourrait considérablement améliorer vos symptômes sans médicament au long cours.
Pour en savoir plus sur les pathologies veineuses, consultez nos articles sur les varices, les bas de contention et les jambes lourdes.
Sources :
- Tian Z et al. Global prevalence of restless legs syndrome: a systematic review and meta-analysis. J Glob Health. 2024;14:04100. PMID : 38843039
- Winkelman JW, Berkowski JA, DelRosso LM et al. AASM clinical practice guideline on the treatment of restless legs syndrome. J Clin Sleep Med. 2025. PMID : 39324694
- Allen RP et al. Restless legs syndrome/Willis-Ekbom disease. Nat Rev Dis Primers. 2021;7:80. PMID : 34732752
- JAMA review. Restless legs syndrome. JAMA. 2026. PMID : 41563785
- Schormair B et al. GWAS meta-analysis identifies 164 risk loci for RLS. Nat Genet. 2024;56:1090-1099. PMID : 38839884
- Ciulinaru A et al. Association between RLS and chronic venous insufficiency: systematic review. J Med Life. 2025. PMID : 41306950
- Kanter AH. The effect of endovenous laser ablation on restless legs syndrome. Phlebology. 2008;23:147-152. PMID : 18467618
- Wittens C et al. Lateral subdermic venous plexus insufficiency and restless legs syndrome. J Vasc Interv Radiol. 2023. PMID : 36526075
- McDonagh B et al. Prevalence of chronic venous insufficiency in patients with RLS. Phlebology. 2020. PMID : 32664803
- Yosef A et al. Impact of varicose vein surgery on RLS and sleep quality. Front Psychiatry. 2023. PMID : 37692314
- Earley CJ et al. Brain iron deficiency models of RLS. Exp Neurol. 2022;356:114158. PMID : 35779614
- Trenkwalder C et al. Cardiovascular risk in RLS: meta-analysis. Acta Neurol Scand. 2018;138:592-598. PMID : 28948600
Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous présentez des symptômes évocateurs du syndrome des jambes sans repos, consultez votre médecin traitant ou un spécialiste vasculaire pour un diagnostic et un traitement personnalisés.
Questions fréquentes
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Comité éditorial Petit Veinard
Cet article a été rédigé et validé par des médecins spécialistes en médecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, littérature PubMed.