Syndrome de May-Thurner : quand la veine iliaque est comprimée
Compression de la veine iliaque gauche par une artère : symptômes, diagnostic et traitements du syndrome de May-Thurner expliqués simplement.
Définition citable : Le syndrome de May-Thurner (également appelé syndrome de Cockett) est une anomalie anatomique dans laquelle la veine iliaque commune gauche est comprimée entre l’artère iliaque commune droite et les vertèbres lombaires, entraînant des lésions vasculaires et un risque accru de thrombose veineuse profonde du membre inférieur gauche.
Qu’est-ce que le syndrome de May-Thurner ?
Imaginez une autoroute à deux voies qui se retrouve soudainement réduite à une seule voie par un pont trop bas : le trafic ralentit, s’accumule, et les risques d’embouteillage augmentent considérablement. C’est, en simplifié, ce qui se passe dans le syndrome de May-Thurner.
Dans cette condition, la veine iliaque commune gauche — le grand vaisseau qui ramène le sang veineux de la jambe gauche vers le cœur — se retrouve prise en étau entre deux structures solides : l’artère iliaque commune droite qui la croise par-dessus, et les vertèbres lombaires qui forment un appui rigide en dessous. Cette compression chronique n’est pas anodine : elle génère avec le temps des lésions à l’intérieur même de la veine.
Une histoire ancienne, un problème bien réel
May et Thurner ont décrit l’anatomie pathologique de cette compression dès 1957, posant les bases de la compréhension de cette anomalie. Le syndrome clinique a ensuite été formellement décrit par le chirurgien Cockett en 1965, soit huit ans après les travaux fondateurs de May et Thurner — d’où l’utilisation des deux appellations dans la littérature. Dès 1980, le Dr Elbaz rapportait deux cas personnels et soulignait la nature des lésions observées : des altérations intraluminales (à l’intérieur de la veine) et extraluminales (autour de la veine), dont la signification clinique restait alors discutée (Elbaz C., Phlébologie, 1980, PMID : 7413749).
Aujourd’hui, les experts en chirurgie vasculaire s’accordent à reconnaître que les obstructions iliocaves chroniques sont dominées par deux étiologies principales : le syndrome de May-Thurner et le syndrome post-phlébitique, tous deux représentant les causes majeures de ces blocages persistants des grandes veines du bassin (Rutherford Vascular Surgery, 7e édition, chapitre Iliocaval Venous Obstruction).
Ce qui se passe à l’intérieur de la veine
Sous l’effet de la compression répétée, la paroi interne de la veine réagit en formant des webs (des sortes de cloisons fibreuses) et des éperons qui rétrécissent progressivement la lumière (l’espace intérieur) du vaisseau. Ces structures ont été visualisées directement lors d’interventions chirurgicales et documentées par phlébographie (radiographie des veines avec injection d’un produit de contraste) (Rutherford Vascular Surgery, partie 4). Le flux sanguin ralentit, le risque de caillot augmente.
Pour en savoir plus sur le fonctionnement général du système veineux, consultez notre dossier sur les veines et leur rôle dans la circulation.
Quels sont les symptômes ?
Le syndrome de May-Thurner est parfois surnommé « la maladie silencieuse » : il peut rester totalement asymptomatique (sans symptôme) pendant des années, jusqu’au jour où une complication — souvent une thrombose veineuse profonde — révèle son existence.
Les signes les plus fréquents
- Œdème (gonflement) unilatéral de la jambe gauche : c’est souvent le premier signe qui alerte. Une jambe gauche plus grosse que la droite, surtout en fin de journée, mérite d’être signalée à un médecin.
- Sensation de lourdeur ou de douleur dans le membre inférieur gauche, aggravée par la station debout prolongée.
- Varices atypiques (varices des veines superficielles) du membre inférieur gauche ou du bassin, parfois associées à un syndrome de congestion pelvienne (douleurs pelviennes chroniques chez la femme).
- Thrombose veineuse profonde (TVP) — un caillot de sang dans une veine profonde — souvent iliofémoral gauche (touchant les veines de l’aine et de la cuisse), parfois étendu.
La prédominance gauche : un signal diagnostique
Un chiffre important à retenir : selon les données des guidelines de référence, les thromboses veineuses profondes surviennent 9 fois sur 10 au niveau du membre inférieur gauche, soulignant le rôle majeur des facteurs mécaniques liés à cette compression anatomique (EMC Vasculaire, chapitre TVP). Cette asymétrie gauche/droite doit toujours alerter le clinicien.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Si votre médecin suspecte un syndrome de May-Thurner, plusieurs examens peuvent être proposés. Ne vous inquiétez pas : la plupart sont non invasifs ou peu contraignants.
L’écho-Doppler veineux
C’est l’examen de première intention. Il utilise les ultrasons pour visualiser les veines et mesurer la vitesse du flux sanguin. Il peut mettre en évidence une compression ou un caillot, mais ses limites dans les veines profondes du bassin imposent souvent des examens complémentaires.
L’imagerie en coupe : scanner et IRM
Le scanner avec injection (angio-TDM) et l’IRM veineuse (imagerie par résonance magnétique) permettent de visualiser précisément la compression de la veine iliaque gauche, d’en mesurer le degré et de détecter d’éventuels webs ou caillots. Selon le Rutherford Vascular Surgery (partie 4), l’évaluation préopératoire doit identifier la cause et l’étendue de l’obstruction : au moins deux tiers des patients présentant une obstruction iliofémoral ou iliocave ont une cause identifiable à ce stade.
La phlébographie
Cet examen, plus invasif, consiste à injecter un produit de contraste directement dans la veine pour la visualiser par radiographie. Il reste la référence pour confirmer le diagnostic et guider un geste thérapeutique endovasculaire. Les images peuvent révéler la compression caractéristique et les webs intraluminaux (Rutherford Vascular Surgery, partie 4, figure 160.1).
Quels sont les traitements disponibles ?
La prise en charge du syndrome de May-Thurner dépend de la sévérité des symptômes, de la présence ou non d’une thrombose, et du profil du patient. Voici un aperçu des options, du moins au plus invasif.
Tableau comparatif des approches thérapeutiques
| Approche | Indication principale | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Compression élastique | Symptômes légers, prévention | Non invasif, facile à mettre en place | Ne traite pas la cause mécanique |
| Anticoagulation (traitement anticoagulant) | TVP associée, grossesse | Prévient l’extension du caillot | Ne lève pas l’obstruction mécanique |
| Thrombolyse (dissolution du caillot) | TVP récente et étendue | Restaure rapidement le flux | Risque hémorragique, hospitalisation |
| Angioplastie + stenting endovasculaire | Compression significative, TVP récidivante | Traitement de référence, mini-invasif | Risque de migration de stent (rare) |
| Chirurgie ouverte | Échec endovasculaire, cas complexes | Traitement définitif | Chirurgie lourde, récupération longue |
Le traitement endovasculaire : la référence actuelle
L’approche endovasculaire — combinant angioplastie (dilatation de la veine par un ballonnet) et pose d’un stent (ressort métallique maintenant la veine ouverte) — est aujourd’hui la stratégie de référence pour les formes symptomatiques significatives (Rutherford Vascular Surgery, partie 2). Elle se réalise par voie percutanée (une simple ponction), sous anesthésie locale ou légère sédation.
Une complication rare mais grave mérite d’être mentionnée : la migration de stents veineux dans le ventricule droit du cœur, rapportée dans la littérature (Rutherford Vascular Surgery, partie 2, citant Mullens W. et al., Int J Cardiol, 2006). C’est pourquoi ce geste doit être réalisé dans un centre spécialisé par des praticiens expérimentés.
Pendant la grossesse
La grossesse représente une situation particulière : le volume utérin croissant aggrave la compression veineuse, et le risque de TVP est majoré. En cas de thrombose dans ce contexte, le traitement anticoagulant est recommandé (EMC Vasculaire). La décision thérapeutique doit être prise en concertation entre le spécialiste vasculaire, l’obstétricien et la patiente.
Pour en savoir plus sur les options thérapeutiques vasculaires en général, consultez notre page dédiée aux traitements vasculaires.
Comment prévenir les complications ?
Si vous présentez un syndrome de May-Thurner connu ou suspecté, certaines mesures peuvent réduire le risque de complications :
- Porter des bas de compression (chaussettes ou collants médicaux) prescrits par votre médecin, particulièrement lors de longs voyages ou de stations debout prolongées.
- Rester actif : la marche régulière favorise le retour veineux et réduit la stase (ralentissement du sang dans les veines).
- Éviter la déshydratation, qui épaissit le sang et favorise la formation de caillots.
- Signaler votre condition avant toute intervention chirurgicale, prise de contraceptif hormonal ou voyage en avion de longue durée.
- Suivre un traitement anticoagulant si votre médecin l’a prescrit, sans interruption non concertée.
Retrouvez nos conseils détaillés sur la prévention des maladies veineuses.
Quand consulter un médecin ?
Certains signes doivent vous conduire à consulter rapidement, sans attendre :
- Gonflement brutal et douloureux d’une jambe, surtout gauche, avec rougeur ou chaleur locale — ces signes peuvent évoquer une thrombose veineuse profonde, qui est une urgence médicale.
- Douleur thoracique ou essoufflement soudain après un épisode de gonflement de jambe — une embolie pulmonaire (migration du caillot vers les poumons) doit être écartée en urgence.
- Gonflement chronique inexpliqué de la jambe gauche, même indolore, persistant depuis plusieurs semaines.
- Varices inhabituelles apparaissant rapidement ou de façon asymétrique.
- Antécédent de phlébite du membre inférieur gauche, surtout si vous êtes une femme jeune.
⚠️ Ne tardez pas : une TVP iliofémoral non traitée peut évoluer vers une embolie pulmonaire grave ou laisser des séquelles veineuses définitives. En cas de doute, consultez votre médecin ou rendez-vous aux urgences.
Pour toute question sur la santé de vos artères et veines, n’hésitez pas à explorer nos ressources ou à prendre rendez-vous avec un spécialiste vasculaire.
Sources
- Elbaz C. Le syndrome de Cockett. Phlébologie. 1980 Jul-Sep;33(3):409-21. PMID : 7413749
- EMC Vasculaire — Chapitre Thromboses veineuses profondes. Elsevier Masson. (Référence de guideline, sans PMID individuel.)
- Rutherford RB et al. Rutherford’s Vascular Surgery, 7e édition. Partie 2 : Gestion endovasculaire des syndromes veineux, dont May-Thurner. Elsevier Saunders.
- Rutherford RB et al. Rutherford’s Vascular Surgery, 7e édition. Partie 4, Chapitre 160 : Iliocaval Venous Obstruction — Surgical Treatment. Elsevier Saunders.
- Mullens W, De Keyser J, Van Dorpe A, et al. Migration of two venous stents into the right ventricle in a patient with May-Thurner syndrome. Int J Cardiol. 2006;110:114–115. (Cité dans Rutherford part 2.)
⚕️ Avertissement médical
Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription. Les informations présentées ne peuvent pas remplacer une consultation avec un médecin ou un spécialiste vasculaire qualifié. Chaque situation clinique est unique et nécessite une évaluation personnalisée par un professionnel de santé. En cas de symptômes évocateurs ou d’urgence, consultez immédiatement un médecin ou appelez le 15 (SAMU). Le comité éditorial de Petit Veinard décline toute responsabilité quant à l’utilisation de ces informations à des fins de diagnostic ou d’automédication.
Questions fréquentes
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Quelle différence entre syndrome de May-Thurner et syndrome de Cockett ?
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Cet article a été rédigé et validé par des médecins spécialistes en médecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, littérature PubMed.