lundi 27 avril 2026 Rédigé et validé par des médecins
Artères

Artérite des membres inférieurs : une maladie diagnostiquée trop tard

L'AOMI avance souvent en silence pendant des années. Symptômes, diagnostic, traitements : tout comprendre pour agir à temps.

Couple walking by a river at sunset — illustration pour l'article sur L artérite des membres inférieurs, la maladie qu on diagnost
Par la rédaction | | 12 min de lecture
Validé par le comité médical
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Cet article est à visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de doute, consultez votre médecin traitant ou un spécialiste.
Basé sur1 étude· 3 recommandations

Définition citable : L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) est une maladie vasculaire chronique caractérisée par le rétrécissement progressif des artères irriguant les jambes, principalement due à l’athérosclérose (dépôt de plaques graisseuses sur la paroi des artères). Elle évolue souvent en silence pendant des années avant de provoquer des symptômes, ce qui explique un retard diagnostique fréquent et potentiellement grave.


Qu’est-ce que l’artérite des membres inférieurs ?

L’artérite des membres inférieurs — son nom médical complet est artériopathie oblitérante des membres inférieurs, ou AOMI — est une maladie des artères, ces vaisseaux qui transportent le sang riche en oxygène depuis le cœur vers les jambes. Lorsque ces artères se bouchent progressivement, les muscles et les tissus des membres inférieurs reçoivent moins de sang qu’il n’en faut, surtout à l’effort.

Le mécanisme principal est l’athérosclérose : des dépôts de graisses, de calcium et de cellules inflammatoires s’accumulent sur la paroi interne des artères, formant des plaques qui rétrécissent progressivement la lumière du vaisseau (l’espace par lequel le sang circule). Ce processus est lent, silencieux, et peut durer des décennies avant de provoquer les premiers symptômes [Source: 1].

Un point de confusion fréquent : dans le langage courant, le mot « artérite » est parfois utilisé pour désigner la maladie de Horton (aussi appelée artérite temporale ou artérite à cellules géantes), une inflammation des artères de moyen et grand calibre, notamment les artères temporales et d’autres branches de la carotide. Cette maladie touche principalement les personnes à partir de 50 ans, avec une incidence maximale après 70 ans [Source: 5]. Elle est totalement différente de l’AOMI. Dans cet article, nous parlons exclusivement de l’AOMI, qui touche les artères des jambes.

Pour décrire la gravité de la maladie, les médecins utilisent la classification de Fontaine, qui distingue quatre stades [Source: 1] [Source: 4] :

StadeDescription
Stade IArtères atteintes mais aucun symptôme ressenti
Stade IIClaudication intermittente : douleur à la marche, soulagée par le repos
Stade IIIDouleurs au repos, même sans effort
Stade IVPlaies, ulcères, gangrène (troubles trophiques)

Pour en savoir plus sur les maladies des artères en général, consultez notre rubrique /arteres.


Facteurs de risque : qui est concerné ?

L’AOMI n’arrive pas par hasard. Plusieurs facteurs favorisent son apparition et accélèrent son évolution.

Le tabagisme est le facteur de risque le plus puissant et le plus modifiable. La fumée de cigarette abîme directement la paroi des artères, favorise la formation de plaques d’athérosclérose et accélère la progression de la maladie [Source: 4]. Les patients fumeurs atteints de maladies cardiovasculaires présentent des difficultés spécifiques pour arrêter de fumer, et un accompagnement adapté est recommandé dans cette population [Source: 5].

Le diabète occupe une place particulière : non seulement il favorise l’athérosclérose, mais il modifie aussi la façon dont la maladie se manifeste et complique le diagnostic. Chez le patient diabétique, les artères peuvent se calcifier (phénomène appelé médiacalcose), ce qui rend certains examens moins fiables [Source: 4].

Les autres facteurs de risque bien établis sont :

  • L’hypertension artérielle (HTA) : pression trop élevée dans les vaisseaux, qui les fragilise
  • La dyslipidémie (excès de cholestérol ou de triglycérides dans le sang)
  • L’âge avancé : la maladie est plus fréquente après 60 ans [Source: 4]
  • La sédentarité : le manque d’activité physique favorise tous les facteurs de risque précédents

Symptômes : de la claudication à l’ischémie critique

Stade I : la maladie invisible

Au début, l’AOMI ne provoque aucune douleur. Les artères sont déjà atteintes, mais le corps compense. C’est à ce stade que la maladie est la plus difficile à détecter — et pourtant, c’est là qu’une intervention précoce serait la plus efficace [Source: 2].

Stade II : la claudication intermittente

Le symptôme le plus caractéristique de l’AOMI est la claudication intermittente : une douleur, une crampe ou une sensation de lourdeur dans le mollet (parfois la cuisse ou la fesse) qui apparaît après avoir marché un certain nombre de mètres, et qui disparaît en quelques minutes de repos [Source: 1]. Ce symptôme est souvent banalisé — attribué à l’âge, à l’arthrose ou à la fatigue — ce qui contribue au retard diagnostique.

Stade III : les douleurs de repos

Quand la maladie progresse, la douleur survient même sans effort, notamment la nuit en position allongée. Le patient est souvent soulagé en laissant pendre sa jambe hors du lit, car la gravité aide le sang à descendre. C’est un signe d’alarme important [Source: 1].

Stade IV : l’ischémie critique

Au stade le plus avancé, le manque de sang est si sévère que les tissus commencent à mourir. Des plaies apparaissent, souvent au niveau des orteils ou du talon, et ne cicatrisent pas. Sans traitement urgent, le risque d’amputation est réel [Source: 2]. La prise en charge des plaies chroniques en ischémie est un enjeu majeur, détaillé dans les recommandations spécialisées de chirurgie vasculaire [Source: 4].


Le diagnostic : des outils simples trop peu utilisés

L’index de pression systolique (IPS)

L’examen de référence pour dépister l’AOMI est l’index de pression systolique (IPS), aussi appelé index de pression cheville-bras. Il s’agit de mesurer la pression artérielle à la cheville et au bras, puis de calculer le rapport entre les deux. Un IPS normal se situe entre 0,90 et 1,40 ; un IPS abaissé à 0,90 ou moins confirme le diagnostic d’AOMI en indiquant que le sang circule moins bien dans les jambes que dans les bras, signe d’une obstruction artérielle [Source: 3]. À l’inverse, un IPS supérieur à 1,40 peut signaler une rigidité anormale des artères et nécessite des examens complémentaires [Source: 2].

Cet examen est non invasif (sans injection ni piqûre douloureuse), peu coûteux, et peut être réalisé en cabinet médical. Pourtant, il reste insuffisamment utilisé en pratique courante, ce qui contribue au retard diagnostique [Source: 5].

Les limites chez le diabétique

Chez les patients diabétiques, la médiacalcose (calcification de la paroi des artères) peut rendre les artères incompressibles, ce qui fausse la mesure de l’IPS en donnant des valeurs artificiellement élevées. Des examens complémentaires sont alors nécessaires, comme la mesure de la pression au gros orteil ou l’oxymétrie transcutanée (mesure de l’oxygène à travers la peau) [Source: 3] [Source: 4].

Les autres examens

  • L’écho-Doppler artériel : une échographie qui visualise les artères et mesure la vitesse du sang. C’est l’examen de deuxième intention, indolore et sans rayonnement.
  • L’artériographie (radiographie des artères après injection d’un produit de contraste) et les imageries en coupe (scanner ou IRM vasculaire) sont réservées au bilan préopératoire ou aux situations complexes [Source: 2].
  • En cas de revascularisation (rétablissement de la circulation), des dispositifs médicaux spécialisés — ballons d’angioplastie, stents (petits ressorts métalliques maintenant l’artère ouverte), endoprothèses — sont utilisés par les chirurgiens vasculaires et les radiologues interventionnels [Source: 1].

Pour en savoir plus sur les examens vasculaires, rendez-vous sur notre page /traitements.


Prise en charge : médicale, interventionnelle et chirurgicale

La prise en charge de l’AOMI repose sur trois piliers complémentaires [Source: 2] [Source: 5].

Le traitement médical

Il vise à ralentir la progression de la maladie et à réduire le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral (AVC), qui sont des complications fréquentes chez les patients atteints d’AOMI [Source: 2] :

  • Les antiagrégants plaquettaires (médicaments qui empêchent les plaquettes du sang de s’agglutiner et de former des caillots, comme l’aspirine ou le clopidogrel)
  • Les statines (médicaments qui réduisent le taux de cholestérol dans le sang et stabilisent les plaques d’athérosclérose)
  • Le contrôle des facteurs de risque : équilibre du diabète, traitement de l’hypertension, arrêt du tabac [Source: 5]

La rééducation à la marche

La marche supervisée est un traitement à part entière, recommandé dès le stade de la claudication [Source: 2] [Source: 5]. Son efficacité repose sur des mécanismes multifactoriels : elle améliore l’efficacité métabolique des muscles, favorise une meilleure extraction de l’oxygène par les tissus, et contribue possiblement au développement de la circulation collatérale (petits vaisseaux qui contournent les zones obstruées) [Source: 1] [Source: 2]. Elle améliore ainsi la distance de marche sans douleur et est souvent sous-prescrite alors qu’elle est efficace.

La revascularisation

Quand le traitement médical ne suffit plus, une intervention pour rétablir la circulation est envisagée [Source: 2] :

TechniquePrincipeIndication principale
AngioplastieDilatation de l’artère avec un ballon gonflableLésions courtes et localisées
StentingPose d’un ressort métallique (stent) pour maintenir l’artère ouverteAprès angioplastie ou lésions récidivantes
Pontage chirurgicalCréation d’un nouveau chemin pour le sang (avec une veine ou une prothèse)Lésions longues ou complexes

Les techniques endovasculaires (angioplastie, stenting) sont réalisées par des radiologues interventionnels ou des chirurgiens vasculaires [Source: 1]. Le pontage chirurgical relève de la chirurgie vasculaire ouverte, selon les recommandations en vigueur des sociétés savantes de chirurgie vasculaire [Source: 4].

La prise en charge des plaies

Au stade IV, la cicatrisation des plaies est un enjeu majeur qui nécessite une approche multidisciplinaire (chirurgien vasculaire, infirmier spécialisé, podologue, diabétologue). Des protocoles spécifiques de soins de plaies en contexte vasculaire sont définis dans les recommandations spécialisées [Source: 4] [Source: 5].


Le sevrage tabagique : un levier thérapeutique sous-exploité

Arrêter de fumer est probablement la décision la plus efficace qu’un patient atteint d’AOMI puisse prendre. Le tabac accélère la progression de la maladie, augmente le risque de complications et peut réduire l’efficacité des traitements [Source: 2] [Source: 4].

Pourtant, le sevrage tabagique chez les patients cardiovasculaires est particulièrement difficile. Ces patients présentent souvent une dépendance plus forte et des comorbidités (maladies associées) qui compliquent l’arrêt. Des stratégies d’accompagnement adaptées à cette population sont recommandées par les sociétés savantes [Source: 2] [Source: 5].

Le rôle du médecin traitant est central : un simple conseil médical d’arrêt du tabac, répété à chaque consultation, peut contribuer à augmenter les chances de succès. Des aides médicamenteuses (substituts nicotiniques, varénicline) et un accompagnement psychologique peuvent être proposés [Source: 5].

Si vous fumez et que vous avez des facteurs de risque cardiovasculaire, parlez de l’arrêt du tabac à votre médecin dès votre prochaine consultation.


Prévention : ce que vous pouvez faire au quotidien

La bonne nouvelle, c’est que l’AOMI est en grande partie évitable en agissant sur les facteurs de risque modifiables [Source: 5]. Voici des conseils concrets :

  • 🚭 Ne pas fumer (ou arrêter le plus tôt possible)
  • 🚶 Marcher régulièrement : même 30 minutes par jour peuvent avoir un effet bénéfique sur la circulation artérielle [Source: 2]
  • 🥗 Adopter une alimentation équilibrée : réduire les graisses saturées, le sel, les sucres rapides
  • 💊 Suivre son traitement si vous avez du diabète, de l’hypertension ou du cholestérol
  • 👟 Soigner ses pieds : chez les diabétiques, inspecter ses pieds chaque jour et consulter rapidement en cas de plaie
  • 🩺 Consulter régulièrement son médecin traitant pour surveiller ses facteurs de risque

Pour des conseils détaillés sur la prévention vasculaire, consultez notre rubrique /prevention.


Quand consulter un médecin ?

Consultez votre médecin sans attendre si vous présentez l’un des signes suivants :

  • ✅ Une douleur, crampe ou lourdeur dans le mollet, la cuisse ou la fesse qui apparaît à la marche et disparaît au repos
  • ✅ Des douleurs dans les jambes la nuit, soulagées en laissant pendre le pied hors du lit
  • ✅ Une plaie sur le pied ou la jambe qui ne cicatrise pas en deux semaines
  • ✅ Un pied froid, pâle ou bleuté
  • ✅ Vous avez plus de 50 ans et fumez (ou avez fumé), ou vous êtes diabétique

Consultez en urgence (appeler le 15 ou aller aux urgences) si :

  • Une jambe devient brutalement froide, douloureuse et pâle (ischémie aiguë)
  • Une plaie s’aggrave rapidement avec des signes d’infection (rougeur, chaleur, fièvre)

Sources

  1. Sidawy AN, Perler BA (Eds.). Rutherford’s Vascular Surgery and Endovascular Therapy, 9ᵉ édition. Elsevier, 2019. Chapitres consacrés à l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), à la classification de Fontaine et à la prise en charge médicale, endovasculaire et chirurgicale. Référence internationale en chirurgie vasculaire.
  2. Mazzolai L, Teixido-Tura G, Lanzi S, Boc V, Bossone E, Brodmann M, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of peripheral arterial and aortic diseases. European Heart Journal, 2024. Recommandations européennes de référence pour le diagnostic et le traitement de l’AOMI, incluant les seuils d’index de pression systolique (IPS) et la stratégie thérapeutique par stade.
  3. Aboyans V, Ricco JB, Bartelink MEL, Björck M, Brodmann M, Cohnert T, et al. 2017 ESC Guidelines on the Diagnosis and Treatment of Peripheral Arterial Diseases. European Heart Journal. 2018;39(9):763-816. PMID: 28851798. Standards diagnostiques et seuils chiffrés (IPS normal entre 0,90 et 1,40 ; AOMI confirmée si IPS ≤ 0,90).
  4. Collège Français de Chirurgie Vasculaire. Référentiel de Chirurgie Vasculaire. Ouvrage de référence francophone — chapitre AOMI : épidémiologie, classification, traitement médical optimal, indications de revascularisation.
  5. Haute Autorité de Santé (HAS). Guide du parcours de soins — Artériopathie oblitérante des membres inférieurs. Recommandations françaises sur le dépistage, le suivi et la prise en charge en ville et à l’hôpital.

Les recommandations citées (ESC/ESVS 2024, ESC 2017) ainsi que la classification de Fontaine sont consultables en accès ouvert sur les sites des sociétés savantes. Le seuil d’IPS ≤ 0,90 pour le diagnostic d’AOMI est consensuel dans toutes ces références.


⚠️ Disclaimer médical

Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription. Les informations présentées ne peuvent pas remplacer une consultation avec un professionnel de santé qualifié. Si vous pensez présenter des symptômes d’artérite des membres inférieurs ou tout autre trouble vasculaire, consultez votre médecin traitant ou un spécialiste vasculaire. En cas d’urgence, appelez le 15 (SAMU) ou le 18 (pompiers). Le comité éditorial de Petit Veinard (petitveinard.fr) décline toute responsabilité quant à l’utilisation des informations contenues dans cet article à des fins de diagnostic ou de traitement personnel.

Questions fréquentes

Quels sont les premiers signes de l'artérite des jambes ?
Le signe le plus fréquent est une douleur ou une crampe dans le mollet, la cuisse ou la fesse qui apparaît à la marche et disparaît au repos : c'est la claudication intermittente. Beaucoup de patients l'attribuent à l'âge ou à l'arthrose, ce qui retarde le diagnostic. Si vous ressentez ce type de douleur, consultez votre médecin.
Comment savoir si j'ai de l'artérite sans faire d'examen compliqué ?
L'index de pression systolique (IPS) est un examen simple, indolore et réalisable en cabinet : il compare la pression artérielle mesurée à la cheville à celle mesurée au bras. Un résultat anormal oriente vers une artérite des membres inférieurs. Parlez-en à votre médecin traitant, qui peut le réaliser ou vous orienter vers un spécialiste vasculaire.
L'artérite des jambes peut-elle conduire à l'amputation ?
Dans les formes avancées non traitées, l'artérite peut évoluer vers une ischémie critique (manque sévère de sang dans le membre) avec des plaies qui ne cicatrisent pas, voire une gangrène. C'est pourquoi un diagnostic et une prise en charge précoces sont essentiels. Consultez un médecin sans attendre si vous avez des douleurs au repos ou des plaies qui ne guérissent pas.
PV

Comité éditorial Petit Veinard

Cet article a été rédigé et validé par des médecins spécialistes en médecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, littérature PubMed.

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