vendredi 20 mars 2026 Redige et valide par des medecins
Veines

Embolie pulmonaire : symptômes, diagnostic et traitements

L'embolie pulmonaire est une urgence vasculaire grave mais traitable. Découvrez ses signes, ses causes et comment la prévenir efficacement.

Illustration : Embolie pulmonaire : symptômes, diagnostic et traitements
Par la redaction | | 9 min de lecture
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Cet article est a visee informative et ne remplace pas une consultation medicale. En cas de doute, consultez votre medecin traitant ou un specialiste.

Définition citable : L’embolie pulmonaire est l’obstruction soudaine d’une ou plusieurs artères pulmonaires par un caillot sanguin (thrombus), le plus souvent issu d’une phlébite (thrombose veineuse profonde des membres inférieurs). Elle constitue une urgence médicale absolue dont la mortalité peut être réduite de façon drastique par une prise en charge rapide.

Qu’est-ce qu’une embolie pulmonaire ?

Le mot « embolie » vient du grec embolos, signifiant « bouchon ». C’est le médecin allemand Rudolf Virchow qui, au XIXe siècle, a décrit pour la première fois le mécanisme par lequel un caillot formé dans une veine pouvait migrer vers les poumons (Neuer Fall von tödtlicher Embolie der Lungenarterien, Virchow R). Quelques années plus tôt, le physiologiste PL Panum avait déjà posé les bases expérimentales du phénomène dans ses travaux fondateurs (Experimentelle Beiträge zur Lehre von der Embolie, Panum PL).

Concrètement, voici ce qui se passe : une phlébite (caillot dans une veine profonde, le plus souvent du mollet ou de la cuisse) peut se détacher partiellement ou totalement. Ce fragment de caillot remonte alors le circuit veineux, traverse le cœur droit et vient bloquer une artère pulmonaire. Le poumon concerné n’est plus irrigué correctement, ce qui perturbe les échanges gazeux et met le cœur sous pression.

L’embolie pulmonaire fait partie de ce que les médecins appellent la maladie veineuse thrombo-embolique (MVTE), un ensemble qui regroupe phlébite et embolie pulmonaire. En France, on estime à environ 100 000 le nombre de cas annuels (Société Française de Médecine Vasculaire). C’est l’une des premières causes de décès cardiovasculaire évitable.

Pour en savoir plus sur les maladies des veines en général, consultez notre rubrique dédiée : tout sur les veines.


Quels sont les symptômes d’une embolie pulmonaire ?

Les symptômes varient selon la taille du caillot et la surface pulmonaire touchée. Certaines embolies sont dites « silencieuses » (sans symptôme évident), d’autres sont dramatiques d’emblée.

Symptômes fréquents (à reconnaître en priorité)

  • Essoufflement soudain (dyspnée) : apparition brutale, sans effort particulier
  • Douleur thoracique : souvent latéralisée, aggravée par la respiration profonde
  • Accélération du cœur (tachycardie) : sensation de cœur qui s’emballe
  • Anxiété intense, sentiment de « mort imminente »

Symptômes moins fréquents mais importants

  • Toux sèche ou avec crachats sanglants (hémoptysie)
  • Fièvre légère
  • Jambe douloureuse, rouge et gonflée (signe d’une phlébite associée)
  • Malaise ou perte de connaissance dans les formes sévères

⚠️ Attention : la dyspnée (essoufflement) pendant la grossesse peut facilement être confondue avec un symptôme banal. Des recommandations récentes soulignent l’importance d’examens d’imagerie adaptés pour ne pas manquer une embolie dans ce contexte (Kambutse I et al., Revue des maladies respiratoires, 2025, DOI : 10.1016/j.rmr.2025.08.002).

Si vous ressentez ces symptômes, appelez le 15 immédiatement. Ne conduisez pas vous-même aux urgences.


Comment diagnostique-t-on une embolie pulmonaire ?

Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments : clinique, biologique et radiologique. Voici les étapes habituelles.

1. L’évaluation clinique et le score de probabilité

Le médecin calcule d’abord la probabilité clinique à l’aide de scores validés (score de Wells, score de Genève révisé). Cela permet de hiérarchiser les examens à réaliser.

2. La prise de sang : le dosage des D-dimères

Les D-dimères sont des fragments produits lors de la dégradation d’un caillot. Un taux élevé oriente vers une thrombose, mais n’est pas spécifique. Un taux normal permet souvent d’éliminer le diagnostic en cas de faible probabilité.

3. L’angioscanner pulmonaire

C’est l’examen de référence. Il s’agit d’un scanner avec injection de produit de contraste qui visualise directement les artères pulmonaires et les éventuels caillots. Il permet aussi de classer la sévérité de l’embolie.

4. La scintigraphie pulmonaire

Utilisée en alternative au scanner, notamment chez la femme enceinte ou en cas d’allergie au produit de contraste. Elle irradie moins les seins tout en restant très fiable (Kambutse I et al., Revue des maladies respiratoires, 2025).

5. L’échocardiographie (échographie du cœur)

Elle évalue le retentissement sur le cœur droit. Dans certains cas rares, elle peut visualiser un caillot « en transit » bloqué dans le foramen ovale perméable (FOP — une petite communication entre les deux oreillettes du cœur présente chez environ 25 % des adultes). Un tel cas a récemment été décrit au CHU de Libreville (Akagha Konde CP et al., Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025, DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101936).


Quels sont les traitements de l’embolie pulmonaire ?

La prise en charge dépend de la gravité. Les médecins distinguent plusieurs niveaux de risque : faible, intermédiaire et élevé.

Tableau comparatif des traitements

Niveau de risqueTraitement principalLieu de soin
Faible risqueAnticoagulants oraux (AOD)Domicile possible
Risque intermédiaireAnticoagulants + surveillanceHospitalisation
Risque intermédiaire-élevéAnticoagulants ± thrombolyseUnité de soins intensifs
Risque élevé (choc)Thrombolyse ou embolectomieRéanimation

Les anticoagulants : le traitement de base

Les anticoagulants (médicaments qui fluidifient le sang et empêchent le caillot de grossir) sont le pilier du traitement. On distingue :

  • Les anticoagulants oraux directs (AOD) comme le rivaroxaban ou l’apixaban : pris par voie orale, ils ont largement remplacé les anciennes héparine + AVK dans la plupart des cas.
  • Les AVK (anti-vitamines K, comme la warfarine) : encore utilisés dans certaines situations, notamment chez les patients porteurs d’une valve cardiaque mécanique. Leur efficacité dépend d’un suivi rigoureux du taux d’anticoagulation (INR). Une étude tunisienne récente souligne l’importance du « temps passé dans l’intervalle thérapeutique » pour prévenir les complications de la MVTE (Rachdi I et al., Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025, DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101958).

La durée du traitement anticoagulant varie de 3 mois à plusieurs années selon les facteurs de risque identifiés.

La thrombolyse : dissoudre le caillot en urgence

La thrombolyse (injection d’un médicament qui « dissout » le caillot) est réservée aux formes graves menaçant le pronostic vital. Elle n’est pas sans risque : elle peut provoquer des hémorragies graves. Certains patients présentent des contre-indications, comme illustré dans un cas clinique récent d’embolie à risque intermédiaire-élevé chez une patiente de 53 ans atteinte d’un cancer colorectal (Hanson NL et al., CMAJ, 2026, DOI : 10.1503/cmaj.250640-f). Dans ces situations complexes, d’autres techniques comme la thrombectomie percutanée (extraction du caillot par cathéter) peuvent être envisagées.

L’embolectomie chirurgicale

En dernier recours, une opération chirurgicale peut être nécessaire pour retirer mécaniquement le caillot. C’est une intervention lourde, réservée aux cas les plus critiques.

💡 Bon à savoir : certains médicaments utilisés pour d’autres maladies peuvent favoriser les complications thromboemboliques. C’est notamment le cas du rituximab (utilisé dans des maladies auto-immunes comme la pemphigoïde bulleuse), comme le rappelle un cas clinique récent (Wakil N et al., Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025, DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101957). Parlez toujours de vos traitements en cours à votre médecin.

Pour en savoir plus sur les options thérapeutiques vasculaires, consultez notre rubrique traitements.


Comment prévenir une embolie pulmonaire ?

La prévention est l’affaire de tous, et de nombreux facteurs de risque sont modifiables.

Conseils pratiques au quotidien

  • Bougez régulièrement : même en position assise, contractez vos mollets régulièrement. Lors de longs voyages, levez-vous toutes les 2 heures.
  • Hydratez-vous : la déshydratation épaissit le sang et favorise la coagulation.
  • Portez des bas de contention si votre médecin vous les a prescrits, surtout en cas de voyage aérien long-courrier ou après une chirurgie.
  • Évitez l’immobilisation prolongée après une opération : la kinésithérapie précoce est votre alliée.
  • Contrôlez votre poids : l’obésité est un facteur de risque indépendant de MVTE.
  • Signalez vos antécédents : si vous avez déjà eu une phlébite ou une embolie, informez systématiquement tout nouveau médecin.

Prévention médicalisée

Dans certaines situations à risque élevé (chirurgie orthopédique lourde, cancer actif, alitement prolongé), votre médecin peut prescrire un traitement anticoagulant préventif. Ne l’interrompez jamais sans avis médical.

Retrouvez nos conseils détaillés sur la prévention vasculaire.


Quand consulter un médecin ou appeler le 15 ?

Appelez le 15 (SAMU) immédiatement si vous avez :

  • Un essoufflement soudain inexpliqué
  • Une douleur thoracique aiguë
  • Des crachats sanglants
  • Un malaise ou une perte de connaissance
  • Une jambe très douloureuse, gonflée et rouge associée à l’un des symptômes ci-dessus

Consultez votre médecin rapidement si vous avez :

  • Une jambe gonflée et douloureuse sans urgence vitale apparente
  • Des facteurs de risque multiples (cancer, chirurgie récente, immobilisation)
  • Des questions sur votre traitement anticoagulant en cours
  • Des antécédents familiaux de thrombose

Le Dr Florian Gonzalez et son équipe sont disponibles pour vous accompagner dans votre prise en charge vasculaire : chirurgien-vasculaire-toulouse.fr.


Sources

  1. Hanson NL, Utgikar R, Bokhari M, Tan KT. Embolie pulmonaire à risque intermédiaire–élevé chez une femme de 53 ans présentant un cancer colorectal et une contre-indication à la thrombolyse. CMAJ, 2026. DOI : 10.1503/cmaj.250640-f — PMID : 41628948

  2. Rachdi I, Ben Brahim M, Somai M et al. Temps passé dans l’intervalle thérapeutique dans la maladie veineuse thrombo-embolique. Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025. DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101958 — PMID : 41151373

  3. Wakil N, Tlohi L, Haboub M, Habbal R. Complications thromboemboliques après un traitement par rituximab chez une patiente atteinte de pemphigoïde bulleuse. Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025. DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101957 — PMID : 41151372

  4. Kambutse I, Ranty M, Le Roux PY, Couturaud F, Tromeur C. Imaging tests for the diagnosis of dyspnea during pregnancy. Revue des maladies respiratoires, 2025. DOI : 10.1016/j.rmr.2025.08.002 — PMID : 40983563

  5. Akagha Konde CP, Allognon MC, Ayo Bivigou E et al. Thrombus entrapped in a patent foramen ovale : About a case revealed by a pulmonary embolism at the University Hospital Center of Libreville. Annales de cardiologie et d’angéiologie, 2025. DOI : 10.1016/j.ancard.2025.101936 — PMID : 40976004

  6. Virchow R. Neuer Fall von tödtlicher Embolie der Lungenarterien. Archives de pathologie, anatomie et physiologie, XIXe siècle.

  7. Panum PL. Experimentelle Beiträge zur Lehre von der Embolie. XIXe siècle.

  8. Wallenberg A. Acute Bulbäraffection (Embolie der Art. cerebellar. post. inf. sinistr.?). XIXe siècle.


⚕️ Disclaimer médical

Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une prescription. Les informations présentées ne peuvent pas remplacer une consultation avec un professionnel de santé qualifié. En cas de symptômes évocateurs d’une embolie pulmonaire, appelez immédiatement le 15 (SAMU). Pour toute question concernant votre santé vasculaire, consultez votre médecin ou un chirurgien vasculaire. Petit Veinard et le Dr Florian Gonzalez déclinent toute responsabilité en cas d’utilisation de cet article à des fins de diagnostic ou d’automédication.

Questions frequentes

Quels sont les premiers signes d'une embolie pulmonaire ?
Les signes les plus fréquents sont une douleur thoracique soudaine, un essoufflement inhabituel et une accélération du rythme cardiaque. Ces symptômes peuvent apparaître brutalement, parfois accompagnés d'une toux, voire de crachats sanglants. Devant ces signes, appelez immédiatement le 15 (SAMU) sans attendre.
Peut-on mourir d'une embolie pulmonaire ?
Oui, l'embolie pulmonaire peut être mortelle si elle n'est pas prise en charge rapidement. Elle reste l'une des premières causes de décès cardiovasculaire évitable en Europe. Cependant, diagnostiquée et traitée à temps, la grande majorité des patients s'en remettent complètement.
Quels sont les facteurs de risque d'embolie pulmonaire à connaître ?
Les principaux facteurs de risque sont l'immobilisation prolongée (long voyage, alitement), une chirurgie récente, la grossesse, la prise de contraceptifs oraux, l'obésité, certains cancers et des antécédents de phlébite. Parlez-en à votre médecin si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations.
PV

Comite editorial Petit Veinard

Cet article a ete redige et valide par des medecins specialistes en medecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, litterature PubMed.

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