lundi 23 mars 2026 Rédigé et validé par des médecins
Traitements

Bas de contention : guide pour bien les choisir

Bas de contention : comprendre les classes de compression, choisir la bonne taille et les porter correctement pour soulager l'insuffisance veineuse et les varices.

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Par la rédaction | | 11 min de lecture
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Cet article est à visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de doute, consultez votre médecin traitant ou un spécialiste.

Définition citable : Les bas de contention (ou compression médicale à interface graduée) sont des dispositifs médicaux textiles qui exercent une pression externe décroissante sur le membre inférieur — plus forte à la cheville, plus faible au mollet — afin d’améliorer le retour veineux et de réduire la stase sanguine (accumulation de sang dans les veines). Ils constituent le traitement de première ligne de l’insuffisance veineuse chronique, dont souffrent environ 18 millions de personnes en France selon la Haute Autorité de Santé.

Comment fonctionnent les bas de contention ?

Les veines des jambes fonctionnent un peu comme des tuyaux souples avec des clapets anti-retour. Leur rôle est de ramener le sang du bas vers le haut, contre la gravité. Pour y parvenir, elles s’appuient sur trois mécanismes : la contraction des muscles du mollet (la « pompe musculaire »), la pression abdominale lors de la respiration, et la tonicité de leur propre paroi.

Quand ces mécanismes s’affaiblissent — par manque d’activité, avec l’âge, sous l’effet de la chaleur ou d’une prédisposition génétique — le sang a tendance à stagner dans les veines des jambes. C’est ce qu’on appelle la stase veineuse, à l’origine des jambes lourdes, des varices et, dans les cas graves, des phlébites (caillots dans les veines profondes).

Les bas de contention corrigent ce problème de l’extérieur. En exerçant une pression graduée — plus forte à la cheville (point le plus bas, donc le plus exposé à la pression hydrostatique) et progressivement plus faible vers le genou ou la cuisse — ils « compriment » les veines, réduisent leur diamètre, et accélèrent mécaniquement le retour du sang vers le cœur. Ils amplifient également l’effet de la pompe musculaire du mollet lors de la marche.

Les études montrent que ce mécanisme réduit la pression dans les veines superficielles, améliore la microcirculation et diminue la fuite de liquide dans les tissus (responsable des œdèmes, ou gonflements des chevilles).

Les quatre classes de compression

En France, les bas de contention médicaux sont classés selon la pression exercée à la cheville, exprimée en millimètres de mercure (mmHg). Cette classification est encadrée par la norme AFNOR NF G30-102b.

ClassePression à la chevilleIndications principalesRemboursement SS
Classe 110–15 mmHgJambes lourdes, prévention, voyagesNon
Classe 215–20 mmHgVarices, grossesse, prévention post-chirurgicaleOui (sur prescription)
Classe 320–36 mmHgInsuffisance veineuse sévère, syndrome post-thrombotiqueOui (sur prescription)
Classe 4> 36 mmHgLymphœdème sévère, ulcères veineuxOui (sur prescription)

Classe 1 (10–15 mmHg) : prévention et confort

La classe 1 est la compression la plus légère. Elle convient aux personnes qui ressentent des jambes lourdes en fin de journée, aux personnes en station debout ou assise prolongée, et à celles qui souhaitent prévenir l’inconfort lors des voyages en avion ou en voiture.

Elle n’est pas remboursée par la Sécurité sociale et est disponible en pharmacie sans ordonnance. C’est la classe recommandée pour une utilisation préventive ponctuelle.

Classe 2 (15–20 mmHg) : varices et grossesse

La classe 2 est la plus prescrite en consultation de phlébologie (spécialité des maladies veineuses). Elle traite les varices déclarées, les œdèmes modérés des jambes, et constitue le traitement de référence pendant la grossesse — période durant laquelle les hormones relâchent les parois veineuses et le volume sanguin augmente de 40 à 50 %.

Les recommandations de l’ESVS (European Society for Vascular Surgery, 2022) lui accordent une recommandation de classe I dans la prise en charge de l’insuffisance veineuse chronique légère à modérée.

Classe 3 (20–36 mmHg) : insuffisance veineuse chronique sévère

La classe 3 est indiquée dans les formes sévères d’insuffisance veineuse chronique (IVC) : varices importantes, hyperpigmentation cutanée (taches brunes dues aux dépôts de fer), hypodermite (inflammation du tissu sous-cutané), ou syndrome post-thrombotique. Ce dernier survient chez certains patients après une phlébite profonde (thrombose veineuse profonde), lorsque la veine a été endommagée de façon permanente.

La pression exercée est significative : votre médecin doit vous l’avoir prescrit et un professionnel de santé doit vérifier que vous ne présentez pas d’artériopathie (maladie des artères) des membres inférieurs, qui contre-indiquerait une compression forte.

Classe 4 (> 36 mmHg) : lymphœdème

La classe 4 est réservée aux cas complexes : lymphœdème (gonflement lié à une atteinte du système lymphatique) sévère, ulcères veineux rebelles. Elle s’utilise toujours sous supervision médicale spécialisée.

Quand faut-il porter des bas de contention ?

Jambes lourdes et insuffisance veineuse

Les jambes lourdes, les douleurs en fin de journée, les fourmillements, les chevilles gonflées le soir sont les premiers signes d’insuffisance veineuse. Dans la majorité des cas, une classe 1 ou 2 améliore significativement ces symptômes, surtout en période chaude.

Varices constituées

En présence de varices visibles, la compression médicale est recommandée en première intention par la HAS. Elle n’efface pas les varices, mais réduit leurs symptômes et ralentit leur progression. Elle est aussi systématiquement prescrite après un traitement (laser, sclérothérapie, chirurgie).

Grossesse

La grossesse est l’une des indications les plus fréquentes. Les modifications hormonales et mécaniques (compression des veines pelviennes par l’utérus) favorisent l’insuffisance veineuse. Le port de bas de contention dès le premier trimestre est recommandé chez les femmes à risque, et dès que les premiers symptômes apparaissent.

Voyages aériens de plus de 4 heures

En position assise prolongée et à haute altitude, la mobilité des jambes est réduite et la déshydratation fréquente : deux facteurs qui favorisent la formation de caillots. Les études montrent que le port de chaussettes de compression de classe 1 réduit de façon significative le risque de thrombose veineuse en vol long-courrier. C’est une mesure simple et efficace, recommandée pour tous les vols de plus de 4 heures.

Après une chirurgie

La période post-opératoire est à risque élevé de phlébite, notamment après une chirurgie orthopédique (hanche, genou) ou une chirurgie abdominale lourde. Le port de bas de contention fait partie des mesures préventives standard, souvent combinées à un traitement anticoagulant.

Prévention de la récidive après phlébite

Après une phlébite (thrombose veineuse profonde), le port prolongé de bas de contention de classe 2 ou 3 réduit le risque de syndrome post-thrombotique. La durée recommandée est généralement de deux ans, parfois à vie selon le contexte. Consultez votre médecin pour adapter cette durée à votre situation.

Comment bien choisir ses bas de contention ?

La mesure : l’étape clé

Un bas de contention mal mesuré est inefficace, voire dangereux. La mesure doit être réalisée le matin, avant que les jambes ne gonflent, idéalement par un professionnel (pharmacien, orthopédiste).

Les mesures nécessaires varient selon le type :

  • Chaussette (mi-bas) : tour de cheville, tour de mollet, hauteur de la jambe du sol au creux du genou
  • Bas (auto-fixant) : + tour de cuisse et hauteur du sol à l’aine
  • Collant : + tour de hanches, de taille et de bassin

Il est préférable de vous faire mesurer plutôt que de vous fier uniquement aux tailles standards (S, M, L, XL) indiquées sur les boîtes.

Chaussette, bas ou collant : lequel choisir ?

FormeAvantagesInconvénientsIndications
Chaussette (mi-bas)Facile à enfiler, confortable en étéCouvre seulement mollet et chevilleInsuffisance veineuse distale, voyage
Bas auto-fixantCouvre la cuisse, sans bretellesPeut glisser chez certains morphotypesVarices de la cuisse, grossesse
CollantCouverture totale, maintien optimalPlus difficile à enfilerGrossesse, varices bilatérales, IVC sévère

Le choix dépend de la localisation de vos varices, de votre morphologie et de votre confort au quotidien. Votre médecin ou votre pharmacien peut vous orienter.

Matières et confort

Les bas de contention modernes sont loin d’être les bas épais et inconfortables d’autrefois. On trouve aujourd’hui des modèles :

  • Coton : doux, respirant, idéal pour les peaux sensibles
  • Microfibre : fin, discret, aspect « collant de ville »
  • Laine : pour l’hiver
  • Modèles ouverts au bout : plus frais, facilitent la mise en place

Choisissez un modèle que vous aurez plaisir à porter quotidiennement : c’est la garantie de la régularité, qui conditionne l’efficacité.

Remboursement par la Sécurité sociale

Sur prescription médicale, les classes 2, 3 et 4 sont remboursées à 60 % par l’Assurance maladie (sur la base d’un tarif de remboursement fixé par arrêté). Votre mutuelle complémentaire peut prendre en charge le reste, parfois en totalité selon votre contrat.

La classe 1 n’est pas remboursée. Les marques de pharmacie (Sigvaris, Juzo, Thuasne, Venoflex, Radiante) proposent toutes des gammes remboursables et non remboursables.

Conseils pratiques pour bien les utiliser

Enfiler les bas : la méthode qui facilite tout

Le matin, avant de vous lever, enfilez vos bas de contention. À ce moment-là, les veines sont au repos et les jambes ne sont pas encore gonflées. Plus vous attendez dans la journée, plus c’est difficile.

La technique recommandée :

  1. Retournez le bas jusqu’au talon (comme une chaussette retournée à moitié)
  2. Enfilez d’abord le pied et le talon
  3. Déroulez progressivement le bas vers le haut sans tirer brusquement
  4. Lissez les plis éventuels, qui créeraient des points de pression localisés

Des enfile-bas (dispositifs en plastique rigide en forme de demi-cylindre) sont disponibles en pharmacie et peuvent aider les personnes à mobilité réduite ou à l’arthrose des mains.

Port et retrait

  • Portez vos bas toute la journée, tant que vous êtes debout ou assis
  • Retirez-les le soir avant de vous coucher : allongé, la compression n’est plus utile (sauf cas particuliers)
  • Ne coupez jamais le haut d’un bas pour le rendre plus court : vous créeriez un garrot

Entretien pour préserver l’efficacité

  • Lavez les bas à la main ou en machine à 30–40 °C, avec un programme délicat
  • Utilisez un savon doux sans assouplissant (l’assouplissant détériore les fibres élastiques)
  • Séchez à l’air libre, jamais à la sèche-linge ni sur un radiateur
  • Contrôlez régulièrement l’état du tissu : un bas avec des fils tirés ou déformés a perdu sa compression

Renouvellement

Les fibres élastiques se fatiguent avec le temps. Les experts recommandent de renouveler les bas tous les 3 à 6 mois en cas de port quotidien, ou après environ 150 lavages. Ayez toujours deux paires en rotation pour alterner le lavage et le port.

Idées reçues : ce qu’il faut savoir

« Les bas de contention, c’est moche. » C’était vrai dans les années 1980. Aujourd’hui, les fabricants proposent des modèles fins, transparents, dans toutes les couleurs, à motifs, pour homme comme pour femme. Certaines marques ont des lignes mode indiscernables d’un collant ordinaire.

« Ça tient trop chaud. » Les nouvelles générations en microfibre ou en coton respirant sont bien plus confortables qu’autrefois, y compris en été. Des modèles spécialement conçus pour les saisons chaudes existent.

« C’est réservé aux personnes âgées. » Les jambes lourdes touchent toutes les tranches d’âge, dès la vingtaine. Les sportifs, les femmes enceintes, les professionnels en station debout prolongée sont parmi les premiers utilisateurs. Les bas de contention n’ont pas d’âge.

« Si j’arrête d’en porter, mes jambes vont empirer. » Non. Les bas de contention soulagent et protègent, mais ils ne créent pas de dépendance physiologique. En revanche, interrompre le port signifie que les symptômes reviendront, car la cause sous-jacente reste présente.

Quand consulter votre médecin ?

Consultez votre médecin si :

  • Vos jambes gonflent de façon asymétrique ou brutale
  • Vous ressentez une douleur ou une rougeur localisée sur un trajet veineux (signe possible de phlébite)
  • Vous avez des antécédents de thrombose veineuse ou d’embolie pulmonaire
  • Vous souffrez d’une maladie artérielle des membres inférieurs (artérite) — la compression forte peut être contre-indiquée
  • Vous avez du mal à vous mesurer ou à choisir votre taille seul
  • Vos symptômes ne s’améliorent pas après 4 à 6 semaines de port régulier

La prescription médicale n’est obligatoire que pour les classes 2, 3 et 4, mais une consultation permet d’obtenir le bon niveau de compression et de bénéficier du remboursement.


À lire aussi


Sources :

  • Kakkos SK et al., « European Society for Vascular Surgery (ESVS) 2022 Clinical Practice Guidelines on the Management of Chronic Venous Disease of the Lower Limbs », European Journal of Vascular and Endovascular Surgery, 2022. PMID : 35027279
  • Haute Autorité de Santé (HAS), « Compression médicale dans les affections veineuses chroniques », Révision de la liste des produits et prestations remboursables, 2010 (mise à jour 2020)
  • Sachdeva A et al., « Compression stockings for the prevention of deep vein thrombosis in airline passengers », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2010. DOI : 10.1002/14651858.CD004002.pub2

Cet article a été rédigé et validé par le Comité éditorial Petit Veinard. Il ne remplace pas une consultation médicale. Consultez votre médecin pour toute question relative à votre santé.

Questions fréquentes

Quelle classe de bas de contention choisir pour les varices ?
Pour les varices légères à modérées, la classe 2 (15–20 mmHg) est généralement recommandée en première intention. Votre médecin ou phlébolo déterminera la classe adaptée à votre situation après examen clinique, car la pression doit être précisément dosée.
Les bas de contention sont-ils remboursés par la Sécurité sociale ?
Oui, les bas de contention médicaux sont remboursés à 60 % par l'Assurance maladie sur prescription médicale, pour les classes 2, 3 et 4. La classe 1 n'est pas remboursée car considérée à visée préventive ou de confort. Votre mutuelle peut compléter la prise en charge.
Combien de temps faut-il porter les bas de contention chaque jour ?
Les bas de contention s'enfilent le matin, avant de se lever, et se retirent le soir au coucher. Il est inutile de les porter la nuit en position allongée, sauf avis médical spécifique. La régularité du port est la clé de leur efficacité.
À quelle fréquence faut-il renouveler ses bas de contention ?
Les bas de contention perdent environ 30 % de leur pouvoir de compression après 150 lavages ou 6 mois d'utilisation quotidienne. Il est recommandé de les renouveler tous les 3 à 6 mois, ou dès qu'ils sont déformés ou moins ajustés. Conservez toujours une deuxième paire en rotation.
Peut-on porter des bas de contention en avion sans prescription médicale ?
Oui. Pour un vol de plus de 4 heures, le port de chaussettes de compression de classe 1 (10–15 mmHg) est recommandé en prévention, même sans ordonnance. Les études montrent une réduction significative du risque de thrombose veineuse en voyage aérien prolongé. Si vous avez des antécédents de phlébite, consultez votre médecin avant le voyage.
PV

Comité éditorial Petit Veinard

Cet article a été rédigé et validé par des médecins spécialistes en médecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, littérature PubMed.

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