dimanche 22 mars 2026 Rédigé et validé par des médecins
Artères

AOMI : artérite des jambes, symptômes, diagnostic et traitements

L'AOMI (artérite des jambes) touche 200 millions de personnes dans le monde. Symptômes, stades de Leriche-Fontaine, IPS et options thérapeutiques expliqués.

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Par la rédaction | | 9 min de lecture
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Cet article est a visee informative et ne remplace pas une consultation medicale. En cas de doute, consultez votre medecin traitant ou un specialiste.

Définition citable : L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), également appelée artérite des jambes, est une maladie vasculaire chronique causée par le dépôt de plaques d’athérome (athérosclérose) dans les artères des membres inférieurs. Elle se traduit par une réduction du flux sanguin vers les jambes et les pieds. L’AOMI touche environ 200 millions de personnes dans le monde, avec une prévalence de 5 à 10 % après 60 ans ; le tabac multiplie le risque par 4 à 5 (ESVS Guidelines 2024, PMID 37949800).


Qu’est-ce que l’AOMI (artérite des jambes) ?

L’AOMI est une maladie des artères, pas des veines. Imaginez un tuyau d’arrosage qui se bouche progressivement : le débit d’eau diminue, les fleurs en bout de tuyau manquent d’eau. C’est exactement ce qui se passe avec les artères des jambes lorsque l’athérosclérose s’installe.

L’athérosclérose est un processus lent d’accumulation de plaques de cholestérol, de calcium et de cellules inflammatoires dans la paroi des artères. Ces plaques réduisent peu à peu la lumière (l’espace intérieur) de l’artère. Le sang passe de plus en plus mal. Les muscles des jambes, privés d’oxygène à l’effort, envoient un signal d’alarme sous forme de douleur.

L’AOMI n’est pas une maladie isolée. Elle est souvent le signe d’une athérosclérose diffuse touchant plusieurs territoires : artères coronaires (risque d’infarctus), artères carotides (risque d’AVC), artères rénales. C’est pourquoi sa prise en charge dépasse largement les jambes.

Symptômes : reconnaître la claudication et ses stades

La claudication intermittente : le symptôme clé

Le symptôme le plus typique de l’AOMI est la claudication intermittente (du latin claudicare, boiter). C’est une douleur, une crampe ou une lourdeur dans le mollet, la cuisse ou la fesse qui apparaît à la marche et s’arrête rapidement au repos (en moins de 10 minutes).

Ce signe est si caractéristique qu’il permet souvent d’orienter le diagnostic dès la consultation. La douleur survient à une distance de marche relativement constante — ce que les médecins appellent le « périmètre de marche ». Plus ce périmètre est court, plus la maladie est avancée.

Les stades de Leriche et Fontaine

Les médecins utilisent une classification en quatre stades pour évaluer la sévérité de l’AOMI :

StadeSymptômesDescription
IAucunArtère atteinte mais pas de symptôme perçu
IIAClaudication > 200 mGêne modérée, vie quotidienne préservée
IIBClaudication < 200 mGêne significative, limitation de l’activité
IIIDouleurs de reposDouleur permanente, surtout la nuit
IVPlaies, gangrèneIschémie critique, risque d’amputation

Les stades III et IV constituent ce que les médecins appellent l’ischémie critique des membres inférieurs. C’est une urgence vasculaire qui nécessite une prise en charge immédiate.

D’autres signes à surveiller

Au-delà de la douleur, d’autres signes peuvent orienter vers une AOMI :

  • Peau des pieds et des orteils pâle, froide, luisante
  • Absence ou diminution des pouls aux chevilles ou aux pieds
  • Ongles épais et fragiles, chute des poils sur les jambes
  • Plaie ou ulcère qui tarde à cicatriser
  • Sensation de froid persistant dans un pied

Dans certains cas, surtout au stade I, l’AOMI est totalement silencieuse. C’est pourquoi le dépistage est important chez les personnes à risque.

Facteurs de risque : qui est concerné ?

L’AOMI partage ses facteurs de risque avec l’ensemble des maladies cardiovasculaires. Certains sont modifiables, d’autres non.

Facteurs de risque majeurs

  • Tabac : c’est le facteur de risque numéro un. Le tabagisme multiplie le risque d’AOMI par 4 à 5. Les études montrent que les fumeurs développent l’AOMI en moyenne dix ans plus tôt que les non-fumeurs (ESVS 2024, PMID 37949800). L’arrêt du tabac est la mesure la plus efficace qui existe.
  • Diabète : le diabète altère la paroi artérielle et favorise l’athérosclérose. Il est associé à des formes plus sévères et plus distales (touchant les artères de la cheville et du pied).
  • Hypertension artérielle : la pression élevée endommage mécaniquement la paroi des artères, accélérant la formation de plaques.
  • Hypercholestérolémie : un excès de LDL-cholestérol (le « mauvais » cholestérol) est un carburant direct pour la plaque d’athérome.

Facteurs non modifiables

  • Âge : la prévalence passe de moins de 2 % avant 50 ans à plus de 20 % après 75 ans (Fowkes et al., Atherosclerosis, 2013, PMID 16032787).
  • Sexe masculin : les hommes sont plus touchés, bien que l’écart se réduise après la ménopause chez la femme.
  • Antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce.

Diagnostic : l’indice de pression systolique (IPS)

L’IPS, examen de première intention

L’IPS (indice de pression systolique), aussi appelé ABI (Ankle-Brachial Index) en anglais, est l’examen clé pour diagnostiquer l’AOMI. Il est simple, non invasif, indolore et réalisable en cabinet médical.

Le principe est élégant : on mesure la pression artérielle à la cheville (artère tibiale postérieure ou pédieuse) et au bras (artère brachiale). On calcule ensuite le rapport :

IPS = pression cheville / pression bras

  • IPS entre 1,00 et 1,40 : normal
  • IPS entre 0,90 et 0,99 : borderline, surveillance
  • IPS inférieur à 0,90 : AOMI confirmée
  • IPS inférieur à 0,50 : ischémie sévère

Un IPS supérieur à 1,40 indique des artères incompressibles (souvent liées au diabète) — ce signe est également pathologique.

Examens complémentaires

Selon le tableau clinique, votre médecin peut prescrire :

  • Écho-Doppler artériel des membres inférieurs : visualise les artères, localise les sténoses (rétrécissements) et occlusions.
  • Angio-scanner ou angio-IRM : cartographie précise des artères avant une éventuelle revascularisation.
  • Artériographie : l’examen de référence pour planifier une intervention, réalisé en milieu hospitalier.

Traitements : une prise en charge globale

La prise en charge de l’AOMI est multidimensionnelle. Elle associe modification du mode de vie, médicaments et, si nécessaire, revascularisation.

La marche : le traitement le plus puissant aux stades II

La rééducation à la marche supervisée est le traitement de première ligne aux stades IIA et IIB. Les études montrent qu’un programme de marche régulier améliore le périmètre de marche de 150 à 200 % en 3 à 6 mois (Barnes et al., JACC, 2020, PMID 32580632).

Le principe : marcher jusqu’à la douleur, s’arrêter, puis reprendre. Ce cycle entraîne le développement de vaisseaux collatéraux (de nouveaux chemins pour le sang). Objectif : 30 à 45 minutes de marche, 3 fois par semaine minimum.

Médicaments essentiels

Deux classes de médicaments sont incontournables dans l’AOMI :

MédicamentRôleNiveau de preuve
StatinesStabilisent les plaques, réduisent le LDLHaut (ESC/ESVS 2024)
Antiplaquettaires (aspirine, clopidogrel)Réduisent le risque de thrombose artérielleHaut (ESVS 2024)
AntihypertenseursContrôlent la pression artérielleHaut
AntidiabétiquesOptimisent l’équilibre glycémiqueHaut

Les statines occupent une place centrale : elles ne réduisent pas seulement le cholestérol, elles stabilisent les plaques d’athérome et diminuent l’inflammation vasculaire. L’ESC 2024 recommande un objectif LDL inférieur à 0,55 mmol/L (0,21 g/L) pour les patients en très haut risque cardiovasculaire comme l’AOMI (PMID 39210722).

Revascularisation : quand et comment ?

La revascularisation est envisagée lorsque les symptômes restent invalidants malgré un traitement médical optimal, ou en urgence en cas d’ischémie critique.

Deux techniques principales existent :

Angioplastie transluminale percutanée (ATP) : un ballonnet est introduit par ponction artérielle (souvent à l’aine) pour dilater l’artère rétrécie. Un stent (petit ressort métallique) peut être posé pour maintenir l’artère ouverte. C’est une technique peu invasive, sous anesthésie locale.

Chirurgie de revascularisation : pontage artériel (création d’un nouveau chemin pour le sang à l’aide d’une prothèse ou d’une veine prélevée) ou endartériectomie (nettoyage de la plaque). Réalisée sous anesthésie générale ou locorégionale.

Le choix entre ces techniques dépend de la localisation et de l’étendue des lésions, de l’état général du patient et de l’expérience du centre. Un avis spécialisé auprès d’un chirurgien vasculaire est indispensable pour toute décision de revascularisation.

Prévention : agir avant les premiers symptômes

La prévention de l’AOMI rejoint la prévention cardiovasculaire globale. Les mesures les plus efficaces sont :

  • Arrêt du tabac : c’est la mesure numéro un. Les bénéfices sur la progression de l’AOMI sont perceptibles dès les premières semaines.
  • Activité physique régulière : 30 minutes de marche rapide par jour réduisent le risque cardiovasculaire global.
  • Alimentation équilibrée : régime méditerranéen, réduction des graisses saturées, consommation de fruits et légumes.
  • Contrôle du diabète : maintenir un HbA1c proche des objectifs fixés par votre médecin.
  • Contrôle de la pression artérielle : objectif généralement inférieur à 140/90 mmHg.
  • Bilan lipidique régulier : surveiller le LDL-cholestérol et ajuster le traitement si nécessaire.

Quand consulter votre médecin ?

Consultez votre médecin si vous ressentez :

  • Une douleur ou une crampe dans les mollets, les cuisses ou les fesses qui survient à la marche et cède au repos
  • Une fatigue anormale des jambes à l’effort
  • Une plaie sur un pied ou un orteil qui ne cicatrise pas normalement
  • Un pied ou une jambe constamment froid, pâle ou bleuté
  • Des douleurs dans les pieds la nuit, qui s’améliorent en laissant pendre les jambes hors du lit

Consultez en urgence (SAMU 15 ou SAU) si vous présentez une douleur brutale, intense et permanente dans un membre, une pâleur et un froid soudain d’un pied ou d’une jambe : ces signes peuvent indiquer une ischémie aiguë, une urgence vasculaire absolue.

Les patients fumeurs de plus de 50 ans, diabétiques ou hypertendus ont tout intérêt à demander à leur médecin un dépistage par IPS, même en l’absence de symptômes.


Sources :

Cet article a été rédigé et validé par le comité éditorial de Petit Veinard. Il ne remplace pas une consultation médicale. Consultez votre médecin pour toute question relative à votre santé.

Questions frequentes

Quels sont les premiers signes de l'artérite des jambes ?
Le signe le plus caractéristique est la claudication intermittente : une douleur ou une crampe dans le mollet, la cuisse ou la fesse qui survient à la marche et disparaît au repos. Au stade précoce, certains patients ne ressentent aucun symptôme. Consultez votre médecin si vous remarquez une fatigue anormale des jambes à l'effort ou une plaie qui cicatrise mal.
Comment diagnostique-t-on l'AOMI ?
Le diagnostic repose sur l'indice de pression systolique (IPS), un examen simple et indolore qui compare la pression artérielle à la cheville avec celle au bras. Un IPS inférieur à 0,90 confirme le diagnostic d'AOMI. Votre médecin peut compléter par un écho-Doppler artériel et, si nécessaire, un angio-scanner.
L'AOMI est-elle grave ?
L'AOMI est un marqueur d'athérosclérose généralisée : les patients ont un risque cardiovasculaire global élevé (infarctus, AVC). Mais dans la majorité des cas, la maladie évolue lentement. Avec un traitement adapté (arrêt du tabac, marche, médicaments), la plupart des patients stabilisent leur maladie et conservent leurs membres.
Peut-on guérir de l'artérite des jambes ?
Il n'existe pas de guérison définitive, car l'athérosclérose est une maladie chronique. Cependant, les études montrent qu'il est possible de stopper sa progression et d'améliorer nettement les symptômes. L'arrêt du tabac, la marche quotidienne et les médicaments (statines, antiplaquettaires) sont les piliers du traitement.
Quand faut-il opérer une AOMI ?
La revascularisation (chirurgie ou angioplastie) est discutée lorsque les symptômes limitent significativement la qualité de vie malgré le traitement médical optimal, ou en urgence en cas d'ischémie critique (douleurs de repos, plaies qui ne cicatrisent pas). La décision appartient à votre médecin et au chirurgien vasculaire.
PV

Comite editorial Petit Veinard

Cet article a ete redige et valide par des medecins specialistes en medecine vasculaire. Sources : HAS, ESVS, litterature PubMed.

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